Tam Coc, une histoire de vélo, de canards et de rizières

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Tam Coc, une histoire de vélo, de canards et de rizières

« Nếu bạn đã dịch câu này, bạn biết nhiều hơn chúng tôi lúc đó. »

L’homme continue à parler en vietnamien en montrant le vélo. Sébastien le regarde. Puis regarde Matthieu. Toujours aucune idée de ce qu’il essaie de nous dire.

Il recommence, cette fois avec les mains.

« Retourne le vélo. Je crois qu’il veut qu’on retourne le vélo. »

Quelques minutes plus tôt, on roulait entre deux villages autour de Tam Coc lorsque la boue et les herbes accumulées autour de la roue arrière du vélo de Sébastien ont fini par la bloquer complètement. Impossible d’avancer. On s’arrête sur le trottoir qui longe la route. Autour de nous, rien d’autre que des rizières, d’un côté comme de l’autre. Pas de maison, presque personne, juste cette route qui coupe les champs en deux. C’est là qu’un couple vietnamien d’un peu plus de 50 ans s’arrête pour nous aider.

Aucun mot d’anglais de leur côté, aucun vietnamien du nôtre. L’homme inspecte la roue, puis fait signe à Sébastien de le suivre jusqu’au bord d’une rizière. Avec ses mains, il récupère de l’eau et commence à retirer la boue. Matthieu arrive avec une bouteille vide. On la remplit dans la rizière, on verse, on tourne la roue, on recommence. Mauvais emplacement pour la femme, placée juste derrière : son t-shirt de sport blanc se retrouve couvert de projections. Quelques rinçages plus tard, la roue tourne enfin. Poignées de main, grands sourires et « cảm ơn » (merci en vietnamien). On ne saura jamais vraiment ce qu’ils nous ont dit. Eux non plus probablement. Mais le vélo, lui, est reparti.

Tout avait commencé quelques heures plus tôt, vers 6h30 du matin, à la sortie de notre sleeper bus parti de Sapa huit heures auparavant. Une expérience finalement assez chouette, même si dormir est un bien grand mot. On est davantage réveillés par les hurlements réguliers du chauffeur que par les virages. À peine arrivés, la chaleur est déjà là. On trouve un café pour prendre un petit-déjeuner et on nous offre même quelques fruits. Puis direction notre hôtel, splendide, mais évidemment beaucoup trop tôt pour récupérer la chambre. Heureusement, il prête gratuitement des vélos. Quelques minutes plus tard, on roule déjà vers la campagne.

Et c’est probablement comme ça que Tam Coc se découvre le mieux. À vélo, les immenses formations calcaires paraissent encore plus imposantes. Elles surgissent presque verticalement au milieu des rizières, tandis que de petites routes traversent cette grande plaine verte entre les reliefs. Après un deuxième café, on tombe sur une activité dont on ignorait encore avoir besoin : la « duck therapy ». Dans un petit café perdu dans la campagne, il suffit de commander à boire pour pouvoir nourrir les canards. Matthieu prend l’expérience très au sérieux. Il finit allongé dans leur enclos, couvert de graines, avec une armée de canards grimpant sur lui. Il pourrait probablement y passer l’après-midi.

On finit quand même par repartir vers les fameuses Dragon Hills. On imaginait plutôt une randonnée tranquille au milieu de la nature. On découvre un site payant, très aménagé et rempli d’endroits pensés pour prendre des photos. Partout, les visiteurs s’arrêtent devant les points de vue et les installations les plus scéniques. Avec la chaleur, le soleil et la foule, l’expérience devient presque désagréable par moments. Le contraste est frappant : tout autour, les reliefs et les rizières sont magnifiques, mais on a surtout envie de retrouver les petites routes plus tranquilles. Ironiquement, c’est justement sur le chemin du retour que la boue, un vélo bloqué et deux inconnus vont créer le meilleur souvenir de la journée.

Le lendemain, on change complètement de perspective avec Trang An. Ici, l’eau serpente entre d’immenses falaises calcaires couvertes de végétation. On choisit la fin de journée, quand la chaleur commence à tomber, pour environ trois heures sur l’eau. Et notre tentative de rencontrer quelques backpackers échoue une nouvelle fois : dans notre barque prennent place une grand-mère et une arrière-grand-mère vietnamiennes. Le reste de leur famille, les parents et deux enfants, navigue juste à côté. On partage très peu de mots, mais les deux bateaux finissent par avancer ensemble.

Notre rameuse, très gentille et assez drôle, nous emmène tranquillement entre les parois rocheuses et à travers les grottes qui traversent certaines montagnes. À l’intérieur, la lumière disparaît, le plafond se rapproche, puis quelques instants plus tard on ressort dans une nouvelle vallée encerclée de falaises. Aux arrêts, les deux dames ont quelques difficultés à monter et descendre des barques, alors tout le monde aide comme il peut. Le père aussi, avec un succès variable puisqu’il finit même dans l’eau en essayant d’aider la grand-mère. Les grottes sont splendides, la température plus agréable et, malgré les trois heures de rame à un rythme tranquille, on ne voit pas vraiment le temps passer.

On loue aussi un scooter pour explorer davantage la région et passer une soirée à Ninh Binh. À la tombée de la nuit, les bâtiments et temples illuminés se reflètent dans l’eau et transforment complètement le décor. L’ensemble est très scénographié et assez récent, mais visuellement, ça fonctionne parfaitement. Les lumières dessinent les toits et les façades dans la nuit tandis que leurs reflets se prolongent sur l’eau. On boit un jus, on fait quelques images au drone et on profite simplement du décor avant de rentrer.

Le reste du séjour prend un rythme beaucoup plus calme. Tam Coc n’est pas franchement le royaume de la vie nocturne, alors on profite de notre hôtel et surtout de sa piscine quand la chaleur devient trop forte. Et petite victoire : on trouve aussi une grande salle de sport plutôt chouette. Deux jours de suite, on en profite pour retrouver quelques poids et machines au milieu du voyage.

Alors, qu’est-ce qu’on retient de Tam Coc ? Bien sûr, ces immenses falaises qui surgissent au milieu des rizières, les petites routes parfaites pour le vélo et les rivières de Trang An qui disparaissent sous les montagnes avant de réapparaître dans une autre vallée. Mais nos meilleurs souvenirs sont finalement les plus improbables : Matthieu allongé sous une armée de canards, un père vietnamien qui finit dans l’eau en voulant aider sa famille, ou deux inconnus qui s’arrêtent au bord d’une rizière pour débloquer notre vélo sans qu’on réussisse à échanger une seule vraie phrase. On était venus à Tam Coc pour ses paysages. On est repartis avec, en plus, quelques scènes qu’aucun itinéraire n’aurait pu prévoir.