Phong Nha, mais c’est quoi ce délire sous la montagne ?

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Phong Nha, mais c’est quoi ce délire sous la montagne ?

« Ah, là, il est en train de mettre son pantalon. »

On regarde l’homme traverser tranquillement le petit restaurant. Il rejoint son scooter, récupère un pantalon posé sur une chaise et l’enfile au bord de la route. Quelques minutes plus tôt, il était encore en boxer.

« Je pense qu’il va clairement aller acheter les œufs. »

On venait de commander deux omelettes.

Autour de nous, presque rien. Une petite route traverse la campagne autour de Phong Nha, entre des champs, quelques restaurants presque vides et de grandes montagnes couvertes de végétation qui ferment l’horizon. Pas un touriste. Sa femme avait pris notre commande avec très peu d’anglais et beaucoup de « OK, OK, OK ». Une réponse que l’on entend partout au Vietnam et qui donne toujours l’impression, pendant quelques secondes, que tout est parfaitement clair.

Puis le doute s’installe.

Parce qu’ici, un « OK » peut vouloir dire « j’ai compris », mais parfois aussi « je crois avoir compris » ou simplement « on verra bien ». Quelques minutes plus tard, le scooter revient. Au guidon, un sac rempli d’œufs. L’homme le tend à sa femme. Cette fois, au moins, le « OK » voulait bien dire omelette.

Pour comprendre comment on s’est retrouvés là, à attendre notre petit-déjeuner en regardant notre cuisinier revenir avec les ingrédients, il faut remonter à la veille au matin. On loue deux vélos et on part découvrir les environs de Phong Nha. Très vite, les bâtiments se font plus rares. La route suit la rivière puis s’enfonce dans la campagne du secteur de Bồng Lai, entre rizières, petits villages et reliefs calcaires qui surgissent derrière les champs. Quelques buffles, un café au bord de la route, des arrêts improvisés pour regarder le paysage. Pendant plusieurs heures, on avance simplement au rythme des coups de pédale. Après les villes et les grands sites touristiques, retrouver ces routes presque vides fait un bien fou.

L’après-midi, direction Phong Nha Cave. L’aventure commence avant même de voir la grotte. Sur le quai, le prix du bateau est fixe, qu’il transporte deux personnes ou qu’il soit presque plein. Alors tout le monde observe discrètement les nouveaux arrivants en espérant trouver des compagnons avec qui partager les frais. Quelques minutes suffisent. Un petit groupe se forme, les calculs sont faits et nous voilà finalement sept à monter à bord.

Le bateau remonte tranquillement la rivière Son. La végétation longe les berges, les montagnes calcaires se rapprochent, puis une immense ouverture sombre apparaît au pied de l’une d’elles. À l’entrée de Phong Nha Cave, le moteur s’arrête et le bateau glisse presque en silence sous la roche. La lumière du jour disparaît derrière nous. La voûte s’élève très haut au-dessus de l’eau, puis redescend, s’élargit et change encore de forme. Les éclairages révèlent des parois sculptées, des stalactites et des formations calcaires qui semblent apparaître progressivement dans l’obscurité. Malgré les bateaux qui suivent le même parcours, la grotte paraît immense. Une partie de la visite se poursuit ensuite à pied, au milieu des concrétions rocheuses. On était venus en pensant découvrir « la grotte touristique de Phong Nha ». On ressort déjà très impressionnés.

Et pourtant, le lendemain, Paradise Cave change encore complètement d’échelle.

C’est justement sur la route qui y mène que se déroule notre histoire d’omelettes. Une fois rassasiés, on reprend la route jusqu’au site. À partir de là, il faut encore rejoindre la grotte. Des petites voiturettes électriques transportent ceux qui préfèrent éviter une partie du trajet. Nous, on choisit de marcher.

Et rien que l’approche vaut déjà le coup.

Le chemin traverse une forêt dense, entourée de végétation, avant de commencer à monter vers l’entrée de la grotte. On marche sous les arbres, loin de la route et du bruit, puis la pente devient plus marquée. Après la balade à vélo de la veille et les petites routes de campagne, on retrouve encore cette sensation d’être entourés de verdure et de montagnes. L’arrivée se mérite un peu. Et à ce moment-là, on se dit surtout qu’après Phong Nha Cave la veille, il va être difficile de faire beaucoup mieux.

On n’était absolument pas prêts à ce qu’il y avait derrière l’entrée.

On commence à descendre et, presque immédiatement, l’espace s’ouvre. La grotte paraît démesurée. Une longue passerelle en bois s’enfonce dans une succession de salles gigantesques dont on distingue parfois difficilement les limites. Le plafond est si haut que le regard peine à évaluer les distances. D’immenses stalactites descendent de la voûte, des colonnes épaisses relient le sol au plafond et des couches de calcaire semblent avoir coulé le long des parois avant de se figer.

Et très vite, on n’a presque plus l’impression d’être sous une montagne.

Le décor ressemble davantage à celui d’un film de science-fiction. Par moments, on pourrait presque se croire dans un épisode de Star Trek, débarqués sur une planète dont les reliefs auraient été sculptés dans la pierre. Certaines formations ressemblent à des structures organiques, d’autres à des paysages minéraux complètement étrangers. L’éclairage fait surgir une paroi dans l’obscurité, puis une autre disparaît quelques mètres plus loin. On sait évidemment qu’on est toujours sous Phong Nha. Visuellement, pourtant, on a l’impression d’avoir changé de monde.

On avance lentement. Pas vraiment par choix. Tous les quelques mètres, quelque chose nous arrête.

Une formation prend toute une paroi. Plus loin, une colonne semble presque ordinaire jusqu’à ce qu’une personne passe à côté et donne enfin une idée de son échelle. Certaines concrétions ressemblent à des cascades de pierre, d’autres forment des plis, des pointes ou d’énormes masses figées dans l’obscurité. La lumière révèle juste assez les volumes pour qu’on comprenne leur immensité, puis la passerelle continue et une nouvelle salle apparaît.

Et c’est probablement ce qui nous frappe le plus : les photos sont incapables de raconter la taille de Paradise Cave. On peut photographier une stalactite, une paroi, un détail. Mais dès qu’on essaie de saisir l’ensemble, tout paraît plus petit sur l’écran. Il manque la sensation d’avoir des dizaines de mètres de roche au-dessus de la tête, de voir la passerelle devenir minuscule devant soi et surtout cette impression presque irréelle d’avancer dans un décor qui semble appartenir à une autre planète.

On y passe plus d’une heure à marcher, regarder, revenir quelques mètres en arrière, prendre des photos et essayer encore une fois de montrer les proportions. La veille, Phong Nha Cave nous avait déjà semblé exceptionnelle. Paradise Cave est simplement grandiose. C’est sans hésitation le moment fort de notre séjour.

Le dernier jour, on devait terminer avec Dark Cave, connue pour son côté plus aventureux, ses passages dans l’eau et son expérience plus proche de la spéléologie. En arrivant, presque personne. Pendant quelques secondes, on pense avoir trouvé le bon moment. Mauvaise interprétation : la grotte est fermée à cause des conditions de la rivière. Cette fois, aucun plan B. On repart.

Alors, c’était quoi ce délire sous la montagne ?

Difficile à expliquer sans y être. Phong Nha Cave nous avait déjà impressionnés, mais Paradise Cave nous a donné pendant plus d’une heure l’impression d’avoir quitté le Vietnam pour entrer dans un décor de science-fiction. Et pourtant, ce séjour ne se résume pas seulement à ce qui se trouve sous terre.

Phong Nha nous a aussi plu pour tout ce qu’il y a autour. Les vélos le long de la rivière, les petites routes presque vides, la campagne, les restaurants où l’on part acheter les œufs après la commande et ces montagnes couvertes de végétation qui restent constamment en arrière-plan. Une ambiance plus calme, plus reculée, qui change complètement du rythme des grandes villes et des sites les plus fréquentés.

On pensait faire de Phong Nha une petite étape avant de reprendre la route. Finalement, même sans Dark Cave, les quelques jours passés ici ont largement mérité le détour. Rien que pour entrer sous cette montagne et avoir, pendant quelques instants, l’impression d’avoir changé de planète.