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Penjor

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Penjor

Le penjor est l'une des images les plus saisissantes que l'on garde de notre passage à Bali. On l'a découvert dans le cadre de Galungan, la grande fête religieuse balinaise, et c'était littéralement partout. Toutes les rues, tous les villages, toutes les ruelles étaient bordés de ces immenses bambous courbés qui se dressaient devant chaque maison, créant une sorte de voûte végétale au-dessus des routes. Une ambiance à la fois solennelle et fascinante, totalement unique.

Le penjor en lui-même, c'est un long bambou de cinq à dix mètres de haut, soigneusement courbé à son extrémité supérieure pour former une arche élégante. Il est richement décoré de janur, ces jeunes feuilles de cocotier jaunes tressées avec une précision incroyable, mais aussi de tiges de riz, de noix de coco, de fruits, de petits gâteaux et parfois de pièces ou de tissu blanc. À la base, on trouve souvent un petit autel où sont déposées des offrandes quotidiennes.

Chaque élément a une signification précise dans l'hindouisme balinais. Le bambou symbolise le mont Agung, le volcan sacré de l'île, considéré comme la résidence des dieux. La courbe représente l'humilité humaine face au divin et le lien entre la terre et le ciel. Les feuilles de cocotier évoquent la pureté et le flux des rivières, le riz l'abondance et les récoltes, la noix de coco l'unité de la vie. C'est en quelque sorte une cartographie spirituelle de l'île, rendue en matériaux naturels.

Le penjor est installé la veille de Galungan, lors d'une journée appelée Penampahan Galungan, et reste en place pendant tout le cycle de dix jours qui s'achève avec Kuningan. Galungan célèbre la victoire du dharma (le bien) sur l'adharma (le mal), et marque le moment où les esprits des ancêtres reviennent visiter la terre. Le penjor sert alors à la fois d'offrande de gratitude aux dieux et de repère pour guider les ancêtres jusqu'à la maison familiale.

On a eu beaucoup de chance d'arriver à Bali pile pendant cette période. Ce n'était absolument pas prévu de notre côté, mais le timing s'est révélé idéal. Dans chaque restaurant, chaque petit commerce, chaque warung où l'on s'arrêtait, on voyait les gens en pleine préparation: tressage des feuilles de cocotier, confection des offrandes, assemblage des décorations. On a même assisté plusieurs fois au montage des penjor devant les boutiques. Et ce sont surtout les Balinais eux-mêmes, dans les bars et les restaurants, qui nous en ont longuement parlé, avec une fierté évidente pour leur culture. C'est ce qui a rendu cette découverte particulièrement précieuse.

Ce qui nous a touchés au-delà de l'esthétique, c'est l'aspect collectif et familial de la chose. Chaque penjor est unique, fabriqué à la main par la famille, avec un savoir-faire transmis de génération en génération. Marcher dans les rues balinaises à ce moment-là, c'est traverser une île entière en train de prier, de remercier, de célébrer ensemble.